La sélection artificielle influence les chiens dans leur capacité à suivre le pointage de la main

Au cours des 10 dernières années, de nombreuses études dans le domaine de la cognition canine ont permis de démontrer la capacité des chiens à utiliser le pointage de la main par un humain. Cette capacité est perçue comme l’un des signes qui différencie les chiens des autres espèces animales. Certains auteurs ont même émis l’hypothèse que cette capacité relève d’une convergence évolutive entre la cognition sociales des chiens et des humains.

Tout récemment, Monique Udell et ses collaborateurs (2014) ont publié une étude dans la revue Animal Behaviour dans laquelle ils ont vérifié à quel point les races de chien se différencient quant à leur capacité à réussir une tâche de pointage de la main. Ils ont comparé des races de chien sélectionnées artificiellement pour maintenir (l’Airedale terrier – chiens de chasse) ou exagérer (le border collie – chien de berger) leur comportement de prédation (définit par la séquence: orientation-regard-immobilisation-chasse) avec une race de chien qui a été sélectionnée pour inhiber et perdre cette séquence comportementale (le berger d’Anatolie – chien de troupeau).

Dans cette étude, la tâche du chien consistait à s’approcher du contenant pointé par un expérimentateur pour obtenir une récompense (voir figure). Si le chien approchait le contenant non pointé ou s’il ne s’approchait pas suffisamment proche du contenant cible, l’essai était considéré un échec. Dix essais avec pointage étaient administrés à chacun des chiens des 3 groupes.

Tâche de pointage utilisée par Udell et al. (2014).

Tâche de pointage utilisée par Udell et al.

Leurs résultats indiquent que les border collies et les terriers d’Airedale réussissent la tâche au-dessus du hasard alors que la performance des bergers d’Anatolie ne diffère pas du hasard. De plus, les border collie sont meilleurs que les terriers d’Airedale, lesquels étaient meilleurs que les bergers d’Anatolie. Comme le font remarquer Udell et al., ces résultats appuient l’hypothèse selon laquelle la sélection pour la maintenance ou l’exagération du comportement de prédation aide les chiens dans l’utilisation des signaux sociaux de pointage de l’humain comparativement aux races pour lesquelles cette séquence a été inhibée au cours de la sélection artificielle par l’humain. 

 

Dans une seconde expérience, Monique Udell et ses collaborateurs ont vérifié si l’exposition répétée au pointage aiderait les bergers d’Anatolie à surmonter leur inhibition comportementale initiale. Six des 10 bergers d’Anatolie de l’Expérience 1 furent recrutés de nouveau. La procédure fut la même que lors de l’Expérience 1 sauf qu’un total de 60 essais expérimentaux fut administrés. Par ailleurs, l’expérience était interrompue si le chien réussissait un minimum de 8 essais dans une séquence de 10 essais (soit une performance au-dessus du hasard). Un chien n’a pas passé le test de motivation. Donc, les résultats sont donc basés sur 5 chiens seulement. Dans cette seconde expérience, les cinq chiens ont tous réussit la tâche en moins de 30 essais additionnels.

Ces résultats suggèrent que les bergers d’Anatolie ont présenté une faible performance dans l’Expérience 1 en raison d’un manque d’expérience avec le pointage ou de leur inhibition connue à suivre un stimulus qui bouge. Une fois cette inhibition surmontée ou après avoir acquis suffisamment d’expérience, ils ont rapidement appris la tâche. En résumé, les résultats de cette étude supportent l’hypothèse que les différences entre les races peuvent s’expliquer, non pas par un déficit en terme de cognition sociale ou par un manque de motivation, mais plutôt par un manque d’expérience avec le comportement requis pour réussir la tâche cognitive. Il semble donc que l’interaction entre les prédispositions génétiques d’une race de chien et l’expérience personnelle du chien peut jouer un rôle important dans la prédiction de la performance des chiens dans des tâches de pointage.

Cette étude de Monique Udell et ses collaborateurs est importante puisque qu’elle permet d’apporter une hypothèse expliquant la grande variabilité observée entre les races de chien dans plusieurs études sur l’influence du pointage, incluant des résultats publiés par mon laboratoire de recherche (voir Plourde, V., & Fiset, S. (2013). Pointing gestures modulate domestic dogs’ search behavior for hidden objects in a spatial rotation problem. Learning and Motivation, 44(4), 282–293.doi:10.1016/j.lmot.2013.03.004).

Pour consulter l’article original de Monique Udell et al., veuillez consulter :

Udell, M. A. R., Ewald, M., Dorey, N. R., & Wynne, C. D. L. (2014). Exploring breed differences in dogs (Canis familiaris): does exaggeration or inhibition of predatory response predict performance on human-guided tasks? Animal Behaviour, 89, 99–105. doi:10.1016/j.anbehav.2013.12.012

Sylvain

Posted in dog cognition | Tagged , , , , | Leave a comment

Les chiens et les humains partagent des structures cérébrales pour les sons

Nos collègues de l’Université Eotvos Lorand à Budapest viennent tout juste de publier dans la revue Current Biology une étude des plus intéressantes. Cette étude suggère que les chiens et les humains partagent des structures cérébrales dans le traitement des sons à teneur émotive produits par leurs congénères.

Afin d’atteindre cet objectif, ils ont d’abord entraîné 5 border collies et 6 Golden retrievers à rester immobile [tout en restant éveillé] dans un appareil à imagerie par résonance magnétique (en anglais “MRI”). Par la suite, une série de 200 sons leur a été présentée. Deux variables indépendantes ont été contrôlées : (1) Le type de son (vocalisations de chiens [ex: jappements, gémissements], vocalisations humaines [ex: rires, pleurs], sons non vocaux et aucun son [silence] comme niveau de base) et (2) les types d’émotions véhiculées par les sons (variant d’émotions hautement positives jusqu’à hautement négatives – selon un jugement fait par des évaluateurs humains indépendants). Durant la présentation de ces conditions, une mesure du changement dans l’apport sanguin au cerveau fut obtenue, ce qui permet de mesurer le degré d’activité cérébrale. Un groupe de 22 humains a aussi participé à l’étude (les mêmes sons leur furent présentés).

Puisque les deux espèces présentent des structures cérébrales spécialisés dans la détection des sons dédiés à leur espèce respectives, les auteurs suggèrent que l’origine évolutive de ces structures spécialisées dans la détection des sons et de leur niveau émotif remonte à environ 100 millions d’années, soit l’âge à laquelle les hommes et les chiens ont connu une divergence évolutive.

Pour les intéressés (et ceux qui veulent y voir des belles photos de chiens dans un scanner), je vous invite à consulter l’article original :

Andics, A., Gácsi, M., Faragó, T., Kis, A., & Miklósi, Á. (2014). Voice-Sensitive Regionsin the Dog and Human BrainAre Revealed by Comparative fMRI. Current Biology, 1–5. doi:10.1016/j.cub.2014.01.058

Je vous invite aussi à consulter un excellent résumé de cet article publié sur le site web de la revue Wired.

Sylvain

Posted in dog cognition | Tagged , , | Leave a comment