Commentaire critique d’une nouvelle hypothèse sur la domestication du chien

Oh que le temps passe vite et que parfois nous oublions de mettre nos documents à jour… Ce bloque en est la preuve vivante…

Bref, juste un petit mot pour dire que j’ai récemment publié un commentaire critique dans la revue Ideas in Ecology and Evolution. Mais avant de lire ma critique, dans un premier temps, je vous invite à lire l’article de Jouventin, Christen et Dobson (2016), lequel présente une nouvelle hypothèse pour expliquer la domestication du chien domestique. Mais ne lisez pas la réponse de ces auteurs à ma critique (voir à la fin du texte de Jouventin et al.), tout du moins, pas immédiatement. Après la lecture du texte de Jouventin et al., lisez ma critique, dont voici la référence et le lien :

Fiset, S. (2016). Altruism in wolves explains the coevolution of dogs and wolves: A response to Jouventin, Christen, and DobsonIdeas in Ecology and Evolution, 9, 12-14.

Bonne lecture !

Sylvain

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Did human-dog bond coevolve via an oxytocin-gaze loop? / Est-ce que le lien humain-chien est le résultat d’une coévolution impliquant l’ocytocine et le regard?

Version française

Vickie Plourde et moi venons de publier un commentaire critique en lien avec la publication d’un recherche par Nagasawa et ses collaborateurs (2015) dans la revue Science. Dans cette recherche, Nagasawa et al. suggèrent que le lien étroit qui unit les chiens et les humains est le résultat d’une coévolution impliquant le regard mutuel entre le chien et l’humain, lequel serait lié à la sécrétion d’ocytocine, une hormone qui régularise plusieurs formes de comportements sociaux. Sans entrer dans les détails, Vickie et moi avons formulé un certain nombre de critiques qui remettent en doute cette conclusion. Je vous invite donc à lire ce commentaire critique publié dans la revue Frontiers in Psychology. Voici le lien internet pour avoir accès au texte :

Fiset, S., & Plourde, V. (2015). Commentary: Oxytocin-Gaze Positive Loop and the Coevolution of Human-Dog Bonds. Frontiers in Psychology, 6, 392. doi:10.3389/fpsyg.2015.01845

English version

Vickie Plourde and I have just published a commentary in connection with the publication of a report by Nagasawa et al. (2015) in the journal Science. In this paper, Nagasawa et al. suggest that human-dog relationships is the result of a coevolution process involving mutual gaze between humans and dogs, which would link to the secretion of oxytocin, a hormone that regulates many forms of social behaviour. Without going into details, Vickie and I have made ​​a number of critics that cast doubt on that conclusion. I invite you to read this critical commentary published in the journal Frontiers in Psychology. Here is the web link to access the text :

Fiset, S., & Plourde, V. (2015). Commentary: Oxytocin-Gaze Positive Loop and the Coevolution of Human-Dog Bonds. Frontiers in Psychology, 6, 392. doi:10.3389/fpsyg.2015.01845

Sylvain

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A day of canine science! / Une journée de science canine !

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English version

A quick note to let you know that my friend Clive Wynne, professor of psychology at Arizona State University in Tempe (AZ, USA) and director of the Canine Science Collaboratory, organizes a day of canine science for the general public. For full details and to purchase tickets, click here.


Version française

Un petit mot pour vous laissez savoir que mon ami Clive Wynne, professeur de psychologie à l’Arizona State University à Tempe (AZ, USA) et directeur du Canine Science Collaboratory, organise une journée de science canine pour le grand public. Pour plus de détails et acheter des billets, veuillez cliquer ici.


Sylvain

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Métacognition et chien domestique: Le chien est-il en mesure de réfléchir sur ses propres cognitions ?

Sara Shettleworth (2010) dans son ouvrage intitulé Cognition, Evolution and Behavior, aborde brièvement la capacité d’un individu à exercer une surveillance ainsi qu’un contrôle sur ses propres capacités cognitives. L’étude de ces capacités chez les êtres humains ainsi que chez les animaux non-humains1 provient du domaine de la métacognition. Bien que les capacités métacognitives des animaux soient étudiées chez le rat (Foote et Crystal, 2007) et le pigeon (Sutton et Shettleworth, 2008), la majorité des données proviennent d’études effectuées chez les primates (Marsh et MacDonald, 2012) et les macaques (Hampton, 2001).

Récemment, McMahon, Macpherson et Roberts (2010) ont élargi l’étendue des espèces en s’interrogeant sur la capacité du chien domestique à utiliser un résonnement métacognitif dans une tâche de recherche d’informations. Dans ce type de tâche, un individu doit retrouver de la nourriture cachée à l’intérieur d’un contenant faisant partie d’un ensemble plusieurs autres contenants. Deux conditions sont habituellement présentées. Dans une première condition, l’individu voit directement la nourriture être cachée à l’intérieur du contenant avant de pouvoir faire son choix alors que dans une seconde condition l’individu n’est pas en mesure de voir où est cachée la nourriture. L’individu a aussi la chance d’émettre une réponse qui lui permet d’obtenir de l’information concernant l’endroit où est cachée la nourriture, et ce, dans les deux conditions. La logique derrière l’utilisation de cette tâche est simple. L’animal va émettre la réponse qui lui permet d’obtenir de l’information concernant l’endroit où la nourriture est cachée dans la condition où il ne voit pas la nourriture être directement déposée à l’intérieur de l’un des contenants. À l’opposé, l’animal va directement chercher la nourriture dans le bon contenant lorsque celui-ci voit la nourriture y être directement déposée, sans émettre le comportement de recherche d’informations. Ce patron de recherche s’expliquerait par la capacité de l’individu à sonder sa mémoire pour y retrouver de l’information par rapport à l’endroit où se cache la nourriture. Lorsque cet exercice de surveillance est infructueux et aucune information n’est disponible en mémoire, comme c’est le cas dans la condition où l’animal n’est pas en mesure de voir la nourriture être cachée, l’individu apporte les correctifs nécessaires et cherche à obtenir plus d’informations. Cette recherche d’informations se traduit par l’animal qui choisit d’émettre une réponse qui lui permet de prendre connaissance d’où ce trouve la nourriture. En se basant sur cette logique, McMahon et ses collaborateurs testent la capacité du chien domestique à utiliser un raisonnement métacognitif.

Six chiens domestiques appartenant à des propriétaires privés prennent part à une première expérience. Avant le début de la phase de test, les chiens sont progressivement entrainés à retrouver de la nourriture à l’intérieur de l’une de deux, trois et finalement quatre boites. Afin de permettre aux chiens de distinguer la boite contenant la nourriture des autres boites, l’un des côtés de la boite (perpendiculaire à l’animal) est toujours blanc. Les autres boites, quant à elles, sont toutes noires (voir Figure 1). La phase de test se distingue des phases d’entrainement par une rotation des boites faisant progressivement passer le côté blanc à un angle de 0°, 45°, 90° et135 ° par rapport à la position de départ du chien. Le côté blanc est toujours visible de la position de départ dans les essais où l’angle est de 0° ou 45°, visible selon la position de la boite dans l’ensemble de quatre boites lorsque l’angle est de 90° et finalement impossible à voir de la position de départ lorsque l’angle est de 135°. Suite aux sessions où l’angle est de 135°, huit essais guidés sont présentés aux chiens.

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Figure 1. Figure présentant la situation expérimentale aux essais tests de la première condition. Le point noir représente la nourriture et la ligne pointillée le côté de la boite de blanc.

Dans ces essais, un expérimentateur déplace le chien pour que celui-ci soit en mesure d’apercevoir quelle boite présente le côté blanc, le chien est ensuite relâché et doit faire son choix. Bien que les auteurs ne mentionnent pas les raisons de l’introduction des essais guidées, j’ai l’impression que ceux-ci sont instaurés pour écarter la possibilité que les chiens ne comprennent tout simplement pas qu’aux essais où l’angle est de 135°, le côté blanc (qui indique la position de la nourriture) n’est visible que du côté inverse à la position de départ d’où est relâché le chien (voir Figure 1). Faisant suite à ces essais, 16 nouveaux essais avec un angle de 135° sont administrés. Dans ces essais, le chien est maintenant conscient (ou du moins c’est ce que les auteurs croient) qu’une réorientation comme celle introduite lors des essais guidés lui permet de retrouver le côté blanc, un indice crucial pour être en mesure de retrouver la nourriture. Donc l’absence de comportement de recherche d’informations dans ces essais peut maintenant être plus facilement interprétée comme l’incapacité des chiens à utiliser un résonnement métacognitif pour effectuer un comportement de recherche d’informations qui lui permettrait de retrouver la nourriture, ce qui n’était pas le cas aux essais à 135° avant l’introduction des essais guidés.

Les chiens performent au-dessus du niveau de la chance pour les essais à 0° et 45° indiquant que ceux-ci sont en mesure de comprendre la tâche lorsqu’ils voient le côté blanc de la boîte. Cependant, les chiens performent au niveau de la chance dans les essais à 90° et 135°. La performance des chiens se retrouve au dessus du niveau de la chance dans les 8 essais guidés pour de nouveau retomber au niveau de la chance dans les 16 essais repris à 135°. Ces résultats démontrent donc que dans les conditions où le côté blanc n’est pas visible (90° et 135°), les chiens domestiques ne cherchent pas à obtenir de l’information sur l’emplacement de la boite présentant le côté blanc, et ce, même après des essais réussis où ils sont réorientés par un expérimentateur. Comme le notent les auteurs, il est possible que les chiens domestiques aient des capacités métacognitives, mais qu’ils aient tout simplement choisi de les ignorer au profit d’un patron de performance reflétant un taux de réponse moindre, mais rapide. En effet, les auteurs argumentent qu’il est possible que les chiens choisissent de ne pas se réorienter puisque ce comportement introduit un délai dans l’obtention de la récompense. Les auteurs choisissent donc d’introduire une nouvelle tâche qui cette fois-ci contrôle pour l’introduction d’un délai.

Dans leur deuxième expérience, les auteurs administrent à 7 chiens une tâche en deux phases. Dans une première phase, le chien doit choisir entre deux expérimentateurs positionnés devant lui, un expérimentateur qui fournit une information sur la boite contenant de la nourriture dans un ensemble de trois boites placées parallèlement à la position de départ du chien et un deuxième expérimentateur qui ne donne aucun indice. Dans la deuxième phase, le chien voit l’expérimentateur qui donne l’information pointer la boite dans laquelle la nourriture est cachée si celui-ci a été choisi par le chien lors de la première phase. Lorsque le chien choisit l’expérimentateur qui ne fournit pas d’information, il voit tout simplement l’expérimentateur lui faire dos pour une durée équivalente au temps où l’autre expérimentateur pointe la boite contenant la nourriture. Le rôle de chaque expérimentateur est contrebalancé ainsi que le côté où ils se trouvent pour chacun des essais.

Dans la première phase de cette tâche, 6 des 7 chiens ont choisi au-delà du niveau de la chance l’expérimentateur qui fournissait de l’information par rapport à la boite où la nourriture se cachait. Dans la seconde phase, la proportion de réponses correctes (choisir la boite contenant de la nourriture) lorsque les chiens choisissent l’expérimentateur qui fournit de l’information est supérieure à ce qui est attendu par le hasard alors qu’elle ne diffère pas du niveau de la chance lorsque les chiens choisissent l’expérimentateur qui leur fait dos. Ces résultats semblent être concordants avec l’utilisation de capacités métacognitives de la part des chiens puisque ceux-ci, n’étant pas au courant de l’endroit où est cachée la nourriture, préfèrent l’expérimentateur qui leur fournit un indice leur permettant d’identifier le contenant où la nourriture se cache à celui qui ne leur fournit pas d’information concernant la position de la nourriture. Cependant comme les auteurs l’argumentent, il est possible que les chiens préfèrent tout simplement l’expérimentateur qui fournit de l’information puisqu’il est associé à une plus grande probabilité d’obtenir une récompense (72,6% versus 36,3% pour l’expérimentateur qui leur fait dos).

Pour contrôler pour cette possibilité, les auteurs administrent à sept nouveaux chiens domestiques une troisième expérience qui diffère sur un point important : peu importe le choix d’expérimentateur la probabilité d’obtenir un renforcement est maintenant identique. Pour ce faire, lorsque le chien choisit l’expérimentateur qui leur fait dos, de la nourriture est cachée sous tous les contenants. Cela fait donc en sorte que le chien est certain de trouver de la nourriture, peu importe, son choix de contenant. Étrangement, lorsque l’animal choisit l’expérimentateur qui pointe la boite contenant la nourriture, de la nourriture est seulement cachée sous la boite qui sera ensuite pointée par l’expérimentateur. Les auteurs justifient cette disparité en mentionnant que les chiens ont très bien performé à cette condition (94,5%). Cependant, il était impossible de prédire la performance des chiens avant le début de l’Expérience 3. Par conséquent, ce choix de procédure de la part des auteurs demeure étrange étant donné que la performance lors du choix de l’expérimentateur qui fournit de l’information à l’Expérience 2 n’était que de 72,6%.

Dans cette troisième expérience, tous les chiens ont préféré choisir l’expérimentateur qui fournit de l’information concernant la boite contenant de la nourriture. Tout comme lors de la deuxième expérience, la proportion de réponses correctes lorsque les chiens choisissent l’expérimentateur qui fournit de l’information est supérieure à ce qui est attendu par le hasard et la proportion de réponses correctes ne diffère pas du niveau de la chance lorsque les chiens choisissent l’expérimentateur qui leur fait dos. Les résultats de la troisième expérience démontrent clairement que les chiens domestiques sont en mesure, dans une tâche comme celle présentée par les auteurs, de choisir au-delà du niveau prédit par la chance, l’expérimentateur qui lui fournit de l’information concernant l’endroit où se cache de la nourriture dans un ensemble de trois boites.

Maintenant que ce fait est établi, il est important de se demander si ce patron de résultat est une preuve de l’utilisation de capacité métacognitive chez le chien domestique. Je crois personnellement que cette procédure, malgré l’ajout d’une troisième expérience, est loin d’être une démonstration claire d’une telle capacité chez le chien domestique. Mon argumentation est basée sur le fait qu’il subsiste un important biais dans la procédure utilisée par les auteurs qui fait en sorte que le patron de résultat des deux dernières expériences peut être attribuable à un mécanisme d’apprentissage de bas niveau plutôt qu’à l’explication métacognitive de plus haut niveau. En effet, il est possible que la préférence des chiens domestiques pour l’un des deux expérimentateurs soit due aux différences lors de la deuxième phase de la tâche. Il est possible que les chiens préfèrent les situations où un expérimentateur lui pointe la bonne réponse. Le simple fait d’interagir avec un être humain peut être perçu comme plus stimulant de la part du chien ce qui en retour augmente l’attrait de cette situation. Tout au contraire, la situation où l’expérimentateur fait dos au chien est beaucoup moins stimulante pour le chien ce qui peut réduire la probabilité que cet expérimentateur soit choisi. En d’autres termes, à probabilité égale d’obtenir un renforçateur (ce qui est argumenté par les chercheurs pour la troisième expérience), les chiens choisissent la situation la plus attrayante sans s’interroger sur le fait qu’ils ne connaissent pas l’endroit où la nourriture est cachée.

En guise de conclusion, il n’est pas impossible que les chiens démontrent des capacités métacognitives, mais pour l’instant, l’étude de McMahon et ses collaborateurs (2010) ne supporte pas de façon claire et nette cette conclusion et d’autres études chez les canidés sont nécessaires pour établir si oui ou non ceux-ci possèdent des capacités métacognitives.

1 Il est à noter que le terme « animal » est utilisé passé ce point pour faire référence à tous les animaux non humains.

Pour ceux qui seraient intéressés à consulter les articles auxquelles je fais référence dans mon commentaire :

Marsh, H. L., & MacDonald, S. E. (2012). Orangutans (Pongo abelii) “play the odds”: information-seeking strategies in relation to cost, risk, and benefit. Journal of Comparative Psychology (Washington, D.C. : 1983), 126(3), 263–78. doi:10.1037/a0025906

Hampton, R. R. (2001). Rhesus monkeys know when they remember. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 98(9), 5359–62. doi:10.1073/pnas.071600998

Foote, A. L., & Crystal, J. D. (2007). Metacognition in the rat. Current Biology : CB, 17(6), 551–5. doi:10.1016/j.cub.2007.01.061

Sutton, J. E., & Shettleworth, S. J. (2008). Memory without awareness: pigeons do not show metamemory in delayed matching to sample. Journal of Experimental Psychology. Animal Behavior Processes, 34(2), 266–82. doi:10.1037/0097-7403.34.2.266

McMahon, S., Macpherson, K., & Roberts, W. a. (2010). Dogs choose a human informant: metacognition in canines. Behavioural Processes, 85(3), 293–8. doi:10.1016/j.beproc.2010.07.014


Commentaire préparé par Pierre Nadeau-Marchand, étudiant à la maîtrise en psychologie à l’Université de Moncton

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La mémoire spatiale chez le chien domestique

Dans leur ouvrage intitulé Animal Cognition, Clive Wynne et Monique Udell, consacrent un chapitre complet à la thématique de la mémoire et des phénomènes qui lui sont associés. Chez l’animal, être en mesure de se souvenir d’endroits précédemment visités joue un rôle important dans la survie d’une espèce. Par exemple, un animal qui possède une bonne capacité à se souvenir d’endroits où la nourriture est en abondance et où les prédateurs se trouvent en plus grande concentration a une meilleure chance de survie qu’un animal qui possède une capacité mnésique réduite à se souvenir des caractéristiques que présente son environnement. Bien que la capacité du chien domestique à comprendre et à se déplacer dans son environnement spatial ait fait l’objet de plusieurs études, la quantité d’information ainsi que la façon dont cette information est rappelée en mémoire spatial sont méconnues (Macpherson et Roberts, 2010). Une étude publiée dans le Journal of Comparative Psychology par Marlyse Craig, Jacquie Rand, Rita Mesch, Meslissa Shyan-Norwalt, John Morton et Elizabeth Flickinger (2012) vient palier à ce manque dans la littérature en administrant différentes versions de la tâche du labyrinthe à huit bras (en forme d’étoile « * ») à un groupe de chiens domestiques. Ce commentaire résume donc la méthodologie ainsi que les résultats obtenus par l’étude de Craig et ses collaborateurs

Dans une première expérience, 27 chiens sélectionnés en raison de leur disponibilité sont guidés au milieu d’un labyrinthe à huit bras (il est à noter que les côtés de chacun des bras du labyrinthe sont suffisamment haut pour empêcher le chien de voir dans les autres bras). Le chien est libre d’explorer le labyrinthe de façon autonome et de visiter chacun des bras contenant de la nourriture. Chaque essai se termine lorsque le chien a récupéré la nourriture dans les huit bras du labyrinthe, et ce, sans l’imposition d’une limite de temps. Pour tous les chiens, seulement les huit premiers choix sont enregistrés. Un choix correct est défini par la visite dans l’un des bras du labyrinthe qui n’a pas été précédemment visité lors d’un même essai et un choix non correct représente une visite dans un bras précédemment visité par le chien dans un même essai. Des essais sont administrés aux chiens jusqu’à ce qu’ils atteignent une moyenne d’au moins 7,2 choix corrects sur 8, et ce, sur quatre essais consécutifs. Les chiens ont en moyenne besoin de 11,2 essais (étendue: 4 à 23 essais) pour atteindre le critère fixé par les chercheurs.

Les résultats de la première expérience suggèrent que les chiens sont en mesure de mémoriser les endroits où ils ont trouvé et consommé de la nourriture puisque tous les chiens sont en mesure d’atteindre le critère fixé par les chercheurs. Cependant, la possibilité que les chiens aient utilisé un algorithme comportemental (par exemple, toujours visiter le bras se situant à la droite du bras qui vient d’être visité) ne nécessitant pas l’utilisation de stratégies mnémoniques plus complexes pourrait expliquer le patron de résultats obtenus par les chiens.

Pour écarter cette hypothèse alternative, 26 chiens ayant participé à l’Expérience 1 sont soumis à une deuxième expérience. La procédure générale est la même que lors de la première expérience. Cependant, les chercheurs introduisent une phase de choix forcés précédant la phase de choix libre. Dans cette phase de choix forcés, quatre bras sélectionnés au hasard sont ouverts séquentiellement permettant au chien de récupérer la nourriture qui s’y trouve. Faisant suite à ces quatre choix forcés, le chien est de nouveau maintenu au centre du labyrinthe et après un court délai, tous les bras du labyrinthe sont ouverts simultanément. Le chien dispose de quatre essais pour retrouver la nourriture restante dans les bras non visités durant la phase de choix forcés (de la nourriture inaccessible est présente dans les bras déjà visités pour contrôler l’odeur). L’essai se termine lorsque le chien récupère la nourriture à l’intérieur des quatre bras où se trouve de la nourriture. Les chiens reçoivent des essais jusqu’à ce qu’il présente une moyenne de 3,2 essais corrects sur 4, et ce, pour quatre essais consécutifs. Les chiens prennent en moyenne 7,6 essais (étendue: 4 à 14 essais) pour atteindre le critère fixé par les chercheurs.

Les résultats obtenus à cette expérience ainsi qu’à l’expérience précédente supportent l’hypothèse selon laquelle les chiens sont en mesure d’utiliser leur mémoire activement pour se rappeler d’endroits précédemment visités. Les résultats obtenus à la deuxième expérience apportent une assurance supplémentaire que la performance du chien domestique dans la tâche de labyrinthe à huit bras provient bel et bien de l’utilisation de ses capacités mnémoniques plutôt que de l’utilisation d’algorithme comportementale.

Les auteurs s’intéressent finalement à la présence de deux phénomènes classiques dans le domaine de l’étude de la mémoire, soit l’effet de primauté et l’effet de récence. Dans une tâche où un individu doit se rappeler d’éléments présentés de façon séquentielle, deux observations sont généralement faites. Il y a un meilleur rappel des éléments se situant au début de la séquence, un effet de primauté et il y a un meilleur rappel des éléments se situant à la fin de la séquence, un effet de récence. Le tout est caractérisé par un patron de résultats en forme de cloche inversée, où les premiers et les derniers items de la séquence sont mieux rappelés que ceux se situant au centre de la séquence. Pour une synthèse, chez différentes espèces voir Wright (2007).

Pour vérifier la présence de ces deux phénomènes chez le chien domestique, 12 chiens ayant participé à l’Expérience 1 et à l’Expérience 2 sont soumis à une troisième expérience. Dans l’Expérience 3, les chercheurs s’intéressent à l’influence de la position sérielle d’un bras sur son rappel par les chiens. Pour vérifier l’effet de la position sériel d’un bras sur son rappel, les chiens se voient administrer une variation en deux phases des tâches présentées lors des deux expériences précédentes. Lors d’une première phase, sept des huit bras sont présentés de façon individuelle les uns à la suite des autres à un chien. Après un court délai, la deuxième phase du test est présentée. Le chien se voit offrir de visiter deux bras, soit l’un des bras déjà visités auparavant (bras distracteur) ou le huitième bras non visité lors de la première phase (choix correct). Les chiens reçoivent en moyenne 19 essais (étendue: 16 à 22 essais) selon leur disponibilité et les limites de temps de l’étude.

Les résultats de cette troisième expérience font ressortir deux phénomènes. Premièrement, les résultats indiquent, tout comme la première et seconde expérience, que les chiens sont en mesure de se rappeler quels endroits ont précédemment été visités et de choisir celui qui n’a pas été présenté auparavant au-delà du niveau prédit par la chance. En second lieu, la présence d’un effet de primauté et de récence est vérifiée. Les résultats obtenus vont dans le sens de la présence d’un effet de primauté. C’est-à-dire que lorsque le bras présenté en premier lors de la première phase est utilisé comme distracteur, les chiens sont en mesure d’effectuer statistiquement plus de choix correct et d’entrer dans le bras qui n’a pas déjà été visité que lorsqu’un bras se situant à une autre position sérielle est présenté. L’absence d’effet de récence pourrait cependant être due à un effet de plafond dans la performance des chiens. En effet, les chiens performent en moyenne très bien (environ 80% de choix corrects), et ce, pour les quatre positions sérielles testées par les chercheurs (position 1, 3, 5 et 7). La présentation d’une tâche plus difficile, par exemple en utilisant un labyrinthe ayant plus de bras, aurait pu permettre aux chercheurs d’observer plus clairement ces deux phénomènes mnémoniques.

Pour ceux qui seraient intéressés à consulter les articles auxquelles je fais référence dans mon commentaire :

Craig, M., Rand, J., Mesch, R., Shyan-Norwalt, M., Morton, J., & Flickinger, E. (2012). Domestic dogs (Canis familiaris) and the radial arm maze: spatial memory and serial position effects. Journal of Comparative Psychology, 126(3), 233-42. doi:10.1037/a0025929.

Macpherson, K., & Roberts, W. A. (2010). Spatial memory in dogs (Canis familiaris) on a radial maze. Journal of Comparative Psychology, 124(1), 47-56. doi:10.1037/a0018084.

Wright, A. A. (2007). An experimental analysis of memory processing. Journal of the Experimental Analysis of Behavior, 88(3), 405-33.


Commentaire préparé par Pierre Nadeau-Marchand, étudiant à la maîtrise en psychologie à l’Université de Moncton

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Entrevue audio et vidéo sur la cognition canine

Notre laboratoire de recherche en cognition canine à l’Université de Moncton, campus d’Edmundston, vient de faire l’objet d’un reportage audio et vidéo de la part de Radio-Canada Acadie dans le cadre de l’émission Toutunsamedi. Voici la référence :

Clavette, A. (Animateur), Fiset, S., & Nadeau-Marchand, P. (invités). (2014, Novembre 29). Connaissez-vous bien votre canin? [Diffusion radio]. Dans Godin, A. (producteur), Toutunsamedi. Moncton, N.-B., Canada : Radio-Canada Acadie.

Pour avoir accès au reportage, cliquez sur le titre du reportage ci-haut. Il vous suffit par la suite de choisir l’entrevue avec moi (Sylvain Fiset) et/ou de regarder le reportage vidéo (avec Pierre Nadeau-Marchand).

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Les chiens domestiques possèdent-ils un sens de la justice et de l’équité ?

Dans leur ouvrage intitulé Animal Cognition, Clive Wynne et Monique Udell introduisent la notion d’aversion aux iniquités. L’aversion aux iniquités est présente lorsque des partenaires résistent à des choix qui produisent des résultats inéquitables. Cette capacité découle de la capacité d’un individu à évaluer les coûts et les gains associés à ses propres actions et de les mettre en perspective avec les actions d’autres individus. Il est avancé que cette évaluation coût-bénéfice et les réactions négatives produites par une répartition inégale des récompenses sont cruciales à l’évolution de la coopération chez une espèce. Bien que la sensibilité aux iniquités soit principalement étudiée chez les primates non humains (e.g. Brosnan et de Wall, 2003), ceux-ci ne sont pas la seule espèce à manifester des comportements de coopération. Un très bon exemple est celui du chien domestique. En effet, plusieurs auteurs ont émis l’hypothèse que le chien domestique a été sélectionné par l’humain au cours des 15 000 dernières années pour sa capacité à coopérer avec l’être humain. Les chiens de chasse qui récupèrent les prises de leur maître ou encore les chiens assistant les personnes présentant un handicap physique sont deux exemples de la capacité du chien domestique à coopérer avec l’être humain dans sa vie de tous les jours. C’est justement cet historique de coopération entre l’homme et le chien qui pousse Friederike Range, Lisa Horna, Zsófia Viranyib et Ludwig Huber (2009) à postuler que le chien domestique devrait être sensible à une distribution inégale de récompenses données par un humain. Le présent commentaire résume l’étude de Range et ses collaborateurs, propose une explication alternative à leurs résultats et suggère une étude future dans le but d’améliorer la compréhension de la sensibilité des canins aux iniquités.

Dans une première expérience, 29 chiens âgés de 6 mois et plus sont sélectionnés pour leur capacité à donner la patte à 30 reprises à un expérimentateur non familier. Ces chiens sont soumis à quatre conditions sociales où un chien « sujet » (S) et un chien « partenaire » (P) sont placés côte à côte. Le nombre d’essais avant que le chien S arrête de donner la patte, le nombre de fois où l’expérimentateur donne la commande de donner la patte (jusqu’à un maximum de 10 répétitions) et des manifestations de stress (se gratter, bailler, se lécher la bouche et éviter le regard du chien partenaire) sont mesurées seulement pour le chien S et servent de variables dépendantes. Il est à noter que chaque chien de chacune des paires de chiens agît comme chien S pour quatre conditions avant de devenir chien P pour les quatre conditions de son partenaire. Le chien P est toujours le premier chien à donner la patte suivie du chien S, et ce pour les 30 essais de chacune des conditions.

Les conditions sont les suivantes : (1) Dans la condition de base (Equality Test), les deux chiens donnent la patte et sont récompensés par de la nourriture de faible qualité (pain). (2) Dans la condition d’inégalité de la qualité de la nourriture (Quality Test), les deux chiens donnent la patte, mais le chien P reçoit de la nourriture de bonne qualité (saucisse) et le chien S de la nourriture de faible qualité (pain). (3) Dans la condition d’inégalité de la récompense (Reward Iniquity), les deux chiens donnent la patte, mais seulement le chien P est récompensé avec de la nourriture (pain) alors que le chien S ne reçoit aucune nourriture. (4) Dans la condition où l’effort du chien est testé (Effort Control), le chien P reçoit de la nourriture sans donner la patte alors que le chien S reçoit de la nourriture seulement lorsqu’il donne la patte. Deux autres conditions dans lesquelles les chiens sont testés de façon individuelle sont aussi administrées. (5) Dans la condition qui teste la capacité du chien à donner la patte 30 fois à un expérimentateur non familier, le chien reçoit de la nourriture (pain) à chaque fois qu’il donne la patte. (6) Dans la condition contrôle sans récompense (No Reward), le chien donne la patte, mais il n’est jamais renforcé avec de la nourriture.

Les résultats de la première expérience suggèrent que le chien domestique est sensible aux iniquités, mais seulement dans la condition d’inégalité de la récompense. En effet, dans cette condition où seulement le chien P reçoit de la nourriture après avoir donné la patte, les auteurs observent que le chien S cesse de donner la patte plus rapidement, que le nombre de répétitions de la commande de donner la patte est plus élevée et que les comportements liés au stress sont plus nombreux lorsque comparés au niveau de base où les deux chiens reçoivent de la nourriture pour avoir donné la patte. De plus, lorsque les résultats de la condition Reward Inequity sont comparés à ceux de la condition asociale (No Reward) où le chien est seul et ne reçoit pas de nourriture, les chiens cessent de donner la patte plus rapidement dans la condition Reward Inequity.

Comme les auteurs l’expliquent, ces résultats peuvent être attribués à la seule présence d’un autre chien plutôt qu’à la distribution inégale de nourriture entre les deux chiens. En effet, il est possible que la différence observée entre la condition RI et la condition asociale (No Reward) soit tout simplement dû au fait que la présence d’un autre chien produit un phénomène s’apparentant à de la facilitation sociale, ce qui pousse le chien S à donner la patte plus longtemps. Si cela est le cas, le chien est donc sensible à la présence d’un autre chien plutôt qu’à la distribution inégale des récompenses. Pour tester cette hypothèse alternative, deux autres conditions sont donc administrées à 14 autres chiens dans une seconde expérience. (1) Dans une première condition, les deux chiens donnent la patte, mais ne reçoivent aucune nourriture. (2) La deuxième condition est identique à la condition Reward Inequity de la première expérience. Ainsi, si une différence est observée entre les deux conditions, l’interprétation selon laquelle la seule présence du chien est suffisante pour créer la différence ne tient plus.

Malgré le fait que les auteurs n’obtiennent pas de résultats significatifs entre les deux conditions (p = 0,08) en ce qui concerne le nombre d’essais où les chiens donnent la patte, ils choisissent tout de même d’interpréter ce résultat comme une tendance. Pour supporter cette interprétation, ils notent que les chiens de la condition Reward Inequity nécessitent plus de commandes de la part de l’expérimentateur pour donner la patte, regardent plus le chien P et démontrent plus de comportements reliés au stress.

Bien que les résultats de cette étude soient impressionnants et supportent le fait que le chien domestique présente une certaine sensibilité à une distribution inégale de récompense, l’indifférence du chien domestique dans les conditions où la qualité de la nourriture est manipulée (Quality Iniquity) est selon moi tout aussi intéressante. En effet, comme les auteurs le mentionnent dans leur discussion, il est possible que pour le chien domestique, la seule présence d’une récompense procurée par un être humain soit un motivateur tellement efficace que la qualité de celui-ci ne soit pas assez saillante pour que le chien remarque une différence. Cette interprétation soulève donc des questions très importantes et qui, à ma connaissance, ne sont pas adressées dans la littérature. Par exemple, quelles propriétés d’une récompense sont importantes pour le chien domestique, quelle valeur le chien domestique attribut-il a différente récompense (renforcement social versus nourriture) et comment le processus de domestication a modifié la motivation du chien domestique à obtenir des récompenses.

Il serait donc intéressant dans une étude future de comparer le chien domestique et le loup dans une situation où, après avoir effectué une tâche simple. Par exemple, après avoir tout simplement traversé un couloir et s’être dirigé directement vers un expérimentateur, un premier expérimentateur offre une récompense sous forme de renforcement social alors qu’un second expérimentateur offre une récompense sous forme de nourriture (ordre contrebalancé entre participants). Après plusieurs essais d’entrainement où les animaux sont exposés aux deux types de récompense, un essai test est administré ayant comme objectif de mesurer la préférence envers l’un ou l’autre des expérimentateurs (chacun des expérimentateurs étant associés à un type de récompense). L’essai test est identique aux essais d’entrainement, mais au lieu qu’un seul expérimentateur soit présent pour procurer la récompense après la tâche, les deux expérimentateurs sont présents et demeurent neutres vis-à-vis l’animal. La préférence pour un type de renforcement ou l’autre est mesurée par le comportement d’approche de l’animal. Par exemple, le fait qu’un animal se dirigerait en premier vers l’expérimentateur qui procurait de la nourriture serait interprété comme une préférence pour le renforcement alimentaire plutôt que pour le renforcement social. Dans une telle situation, la comparaison entre le chien domestique et le loup permettrait de découvrir si ces deux espèces perçoivent une différence entre ces types de renforcement et en second lieu d’explorer si le processus de domestication du chien a influencé la valeur que chacun de ces types de récompenses détient.

 

Pour ceux qui seraient intéressés à consulter les articles auxquelles je fais référence dans mon commentaire :

Brosnan, S. F., & de Waal, F. B. M. (2003). Monkeys reject unequal pay. Nature, 425(6955), 297-299. doi:10.1038/nature01963.

Pour une illustration de l’étude de Brosnan et de Wall (2003):

https://www.youtube.com/watch?v=lKhAd0Tyny0

Range, F., Horn, L., Viranyi, Z., & Huber, L. (2009). The absence of reward induces inequity aversion in dogs. Proceeding of the National Academy of Sciences of the United States of America, 106(1), 340-345. doi:10.1073/pnas.0810957105.

Pour une illustration de l’étude de Range et al. (2009) :

https://www.youtube.com/watch?v=h6Rgr2Dtzi4

Auteur de ce commentaire :

Pierre Nadeau-Marchand, étudiant à la maîtrise en psychologie, Université de Moncton. Commentaire préparé dans le cadre du cours PSYC6423 (séminaire d’études dirigées).

 

 

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Miroir, mon beau miroir, dis-moi moi où est mon propriétaire : Les chiens comprennent-ils vraiment ce qu’ils aperçoivent dans le miroir?

Marc Hauser, dans son livre intitulé Wild Mind, argumente que chaque espèce est munie de capacités cognitives pour reconnaitre les autres. En effet, pour qu’une espèce soit en mesure d’assurer sa survie, il est important que les individus puissent distinguer les males des femelles, les jeunes individus des plus âgés et les individus appartenant à la même lignée génétique. Cependant, la capacité d’un individu à se reconnaitre soi-même est beaucoup plus rare dans le règne animal. Même chez l’être humain, la capacité d’un individu à reconnaitre son reflet dans un miroir n’apparait qu’aux alentours de la deuxième année de vie. En effet, avant cette période, un enfant ne se reconnait tout simplement pas lorsqu’il se regarde dans un miroir. Le présent commentaire adresse la capacité du chien domestique à comprendre le concept de réflexion au travers d’une étude publiée en 2011 par Tiffani J. Howell et Pauleen C. Bennett dans le Journal of Veterinary Behavior.

Quarante chiens domestiques âgés de 18 mois et plus participent à cette étude. Ils sont choisis à partir de deux critères : (1) la présence de deux propriétaires et (2) la capacité du chien à demeurer assis pour une durée d’une minute lorsque cette commande leur est demandée par leurs propriétaires.

Figure 1 blogue 2

Figure 1. Figure représentant la situation expérimentale. Il est à noter que le propriétaire 2 n’est visible qu’au travers de la fenêtre lors de la condition 3.

Le chien est tout d’abord introduit dans une pièce expérimentale (Figure 1) où un expérimentateur et l’un de deux propriétaires (présent pour les trois conditions) se trouvent derrière un miroir recouvert d’un drap noir (Condition 1). Le drap est ensuite retiré du miroir (Condition 2). Le propriétaire se trouvant derrière le miroir qui était jusqu’à présent demeuré passif demande au chien de s’asseoir devant le miroir et une fenêtre se situant derrière le chien est ouverte (Condition 3). Par cette fenêtre, il est possible grâce à la réflexion que présente le miroir d’y voir le deuxième propriétaire présentant le jouet préféré du chien. Il est à noter que le chien peut se déplacer librement dans la pièce à tout moment et qu’il est seulement encouragé par le premier propriétaire à demeurer devant le miroir lors de la troisième condition.

Pour chacune des trois conditions, le comportement des chiens est noté à l’aide d’une technique à intervalle partielle. Selon cette technique, la présence de certains comportements prédéterminés est notée comme présent si le chien produit le comportement durant un intervalle de 5 secondes. Trois types de comportement sont observés pour chacune des conditions : (1) des comportements d’exploration du miroir, (2) la fréquence de mouvement de la tête du miroir à la fenêtre et (3) la fréquence de mouvement de la tête de la fenêtre au miroir. Dans l’ensemble, les résultats indiquent qu’il n’y a pas de différence entre les trois conditions au niveau du nombre de comportements d’exploration vis-à-vis le miroir. Cela démontre que chez le chien domestique, la présence d’un miroir n’est pas un événement nouveau ou du moins qui provoque un niveau élevé de curiosité.

Les chiens portent cependant plus attention au miroir dans la troisième condition que dans la première et deuxième condition et ils portent plus attention dans la deuxième condition que dans la première. Malheureusement, ces résultats ne révèlent à eux seuls que très peu d’information. En effet, dans la troisième condition le chien est forcé en position assise devant le miroir à la demande du propriétaire. De plus, le miroir est physiquement inaccessible lors de la première condition. Ces deux disparités méthodologiques peuvent donc facilement expliquer ces résultats.

En ce qui concerne la fréquence de mouvement de tête entre le miroir et la fenêtre un effet de condition est présent. Les chiens font plus de mouvements de tête du miroir à la fenêtre dans la troisième condition que dans les deux autres conditions. Des quarante chiens prenant part à l’étude, sept d’entre eux ont tourné leur tête du miroir à la fenêtre au moins une fois. Cependant, de ces sept chiens, seulement deux ont porté attention à la fenêtre plus qu’au miroir après leur premier mouvement de tête. Il est donc possible que ces sept chiens soient capables d’inférer la position du deuxième propriétaire grâce à la réflexion dans le miroir. Cette interprétation est cependant peu probable lorsque l’on considère que malgré le fait que 26 chiens ont passé au moins 23% de leur temps dans la troisième condition à regarder dans le miroir, aucun d’entre eux ne s’est retourné pour regarder le deuxième propriétaire. De plus, les résultats des deux chiens qui ont porté une attention à la fenêtre de façon significative après s’être retournés ne sont pas sans ambiguïté. L’un des chiens fait une pose pendant son mouvement de tête lui permettant ainsi de possiblement apercevoir le deuxième propriétaire grâce à sa vision périphérique. Le second chien de son côté ne démontre pas un niveau d’excitation supérieur précédant son mouvement de tête vers la fenêtre, laissant ainsi croire que le mouvement de tête est initialement dû au hasard et non à sa capacité à inférer la position de son propriétaire grâce à la réflexion que présente le miroir.

De façon générale, les résultats démontrent que le chien domestique ne comprend pas ou du moins n’est pas capable d’utiliser l’information présentée par la réflexion d’un miroir de façon spontanée.

Études futures

Bien que le chien ne soit pas en mesure d’utiliser un miroir pour inférer la position d’un propriétaire présentant un jouet de façon spontanée, il est possible que le chien soit en mesure d’utiliser un miroir après une certaine période d’entrainement. En effet, les chiens dans cette étude ne sont qu’exposés brièvement au miroir (à noter que le temps d’exposition des chiens à chacune des trois conditions n’est malheureusement pas indiqué dans l’article original), il est donc probable que cette courte exposition au miroir ne soit pas suffisante pour que le chien en vienne à comprendre les contingences associées avec le miroir. Pour une comparaison, Epstein, Lanza et Skinner (1981) entrainent des pigeons pendant environ 15 heures à picorer sur un point bleu présenté en premier lieu sur le corps des pigeons et ensuite à différents endroits à l’intérieur de la boîte expérimentale (voir vidéo pour un exemple). Dans la condition de test, les pigeons sont tous en mesure de picorer un point placé sur leur abdomen qui n’est visible qu’à partir d’un miroir. Les auteurs se gardent bien d’interpréter ces résultats comme une démonstration d’une reconnaissance de soi de la part des pigeons, mais plutôt comme une simple démonstration de la force d’un conditionnement sur les comportements des pigeons.

Il est aussi possible que les chiens puissent démontrer la capacité d’utiliser un miroir dans une tâche plus traditionnelle telle la tâche de marque. Dans cette tâche une marque de couleur est placée sur le corps de l’animal à un endroit où il n’est pas possible de l’apercevoir sans l’utilisation de la réflexion fournie par le miroir. Dans cette tâche des espèces telles le chimpanzé (Gallup, 1970), le dauphin (Reiss et Marino, 2001) et l’éléphant asiatique (Plotnik, de Wall et Reiss, 2006) sont en mesure de porter attention à la marque présente sur leur corps indiquant une forme de compréhension de ce que reflète le miroir (attention à la leçon que nous présente Epstein et coll. sur les dangers de faire une telle affirmation).

Il serait intéressant dans une étude future de comparer la capacité du chien domestique et loup dans une tâche de marque. Ces résultats permettraient de mettre en perspective la notion de domestication dans la reconnaissance de soi et dans la formation d’un concept de soi.

Références

Pour ceux qui seraient intéressés à consulter les articles auxquelles je fais référence dans mon commentaire :

Epstein R, Lanza RP, Skinner BF. (1981). “Self-awareness” in the pigeon. Science, 212(4495), 465-466. doi:10.1126/science.212.4495.695.

Vidéo de la réplication de l’étude d’Epstein et coll. par Robert W. Allan, James S. DeLabar et Claudia D. Cardinal :

http://www.youtube.com/watch?v=0Ga5o9cyg9A

Gallup, G.G., 1970. Chimpanzees: self-recognition. Science 167, 86-87.

Howell TJ, Bennett PC. Can dogs (Canis familiaris) use a mirror to solve a problem? (2011). Journal of Veterinary Behavior: Clinical Applications and Research, 6(6), 306-312. doi:10.1016/j.jveb.2011.03.002.

Plotnik, J.M., de Waal, F.B., Reiss, D., 2006. Self-recognition in an Asian elephant. Proc. Natl. Acad. Sci. USA 103, 17053-17057.

Reiss, D., Marino, L., 2001. Mirror self-recognition in the bottlenose dol- phin: a case of cognitive convergence. Proc. Natl. Acad. Sci. USA 98, 5937-5942.

Auteur de ce commentaire :

Pierre Nadeau-Marchand, étudiant à la maîtrise en psychologie, Université de Moncton. Commentaire préparé dans le cadre du cours PSYC6423 (séminaire d’études dirigées)

 

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Les chiens domestiques sont-ils toujours en mesure de choisir la plus grande quantité de nourriture ?

Marc Hauser, dans son volume intitulé Wild Mind, argumente que tous les animaux disposent de trois outils cognitifs de base, soit (1) la capacité de reconnaitre les objets et de prédire leur déplacement en fonction de différentes situations, (2) la capacité de se représenter l’environnement physique et de naviguer à l’intérieur de celui-ci et (3) la capacité de discriminer les quantités. C’est ce dernier outil cognitif qui fait l’objet de ce commentaire. Après un survol de la littérature concernant la capacité du chien domestique à discriminer entre deux quantités, mon choix s’est arrêté sur une étude réalisée par Camille Ward et Barbara Smuts (2007), laquelle est résumée dans les paragraphes qui suivent.

L’objectif de cette étude est d’explorer la capacité du chien domestique à discriminer deux quantités de nourriture qui lui sont présentées. En plus, les auteurs tentent de confirmer que le mécanisme cognitif permettant au chien domestique de discriminer deux quantités de nourriture est en concordance avec la loi de Weber qui dicte que, plus le ratio formé à partir de la division de la plus petite quantité par la plus grande quantité de nourriture diminue, plus il est facile de discriminer ces deux quantités. La loi de Weber prédit aussi que plus la distance numérique entre deux quantités est élevée (2 vs 4 versus 4 vs 8), plus il est facile de les discriminer. En dernier lieu, les auteurs explorent si la capacité du chien domestique à discriminer les quantités résulte réellement d’une représentation mentale des quantités ou bien s’ils utilisent tout simplement des indices perceptuels leurs permettant de discriminer les quantités.

Dans une première expérience, 29 chiens domestiques appartenant à des propriétaires privés sont exposés une seule fois à huit combinaisons de deux quantités de nourriture (1 vs 4 [ratio = .25], 1 vs 3 [ratio = .33], 1 vs 2 [ratio = .50], 2 vs 5 [ratio = .40], 2 vs 4 [ratio = .50], 2 vs 3 [ratio = .67], 3 vs 5 [ratio = .60] et 3 vs 4 [ratio = .75]) présentées dans un ordre aléatoire. Les deux quantités sont révélées simultanément et demeurent visibles jusqu’à ce que le chien ait fait son choix.

Des 29 chiens présents au départ, trois chiens n’ont pas terminé l’expérience et huit autres chiens ont présenté un biais de latéralisation, choisissant l’un des deux côtés à tous les essais indépendamment de la quantité de nourriture présentée. Ces chiens sont éliminés des analyses. En tant que groupe, les 18 chiens restants ont choisi la quantité la plus élevée de nourriture plus souvent et leurs résultats sont caractéristiques de ceux prédits par la loi de Weber.

Deux des chiens ayant participé à l’Expérience 1 sont ensuite testés dans une seconde expérience qui comprend trois conditions présentées de façon successive. Les chiens sont testés avec les mêmes combinaisons qu’à l’Expérience 1 en plus d’être exposés à deux nouvelles combinaisons (1 vs 1 et 1 vs 5). La procédure de la première condition est identique à l’Expérience 1 alors qu’à la deuxième condition, les chiens ne sont plus en mesure de voir directement la nourriture lorsqu’ils doivent faire leur choix puisqu’un contenant est déposé par-dessus la nourriture au moment du choix. Dans la troisième condition, la nourriture n’est plus présentée simultanément, mais plutôt successivement et la nourriture, tout comme lors de la deuxième condition, n’est plus directement visible lorsque les chiens font leur choix.

Lorsque tous les essais sont combinés, ces deux chiens ont choisi la plus grande quantité au-delà du niveau de la chance. Chez l’un des chiens, l’effet de ratio et l’effet de distance sont retrouvés pour la première et deuxième condition, mais sont absents pour la troisième condition. Pour le second chien, l’effet de ratio n’est présent que pour la première condition et l’effet de distance est absent des trois conditions.

De façon générale, les résultats supportent le fait que les chiens peuvent discriminer entre deux quantités de nourriture et choisir la plus grande quantité. Les résultats à l’Expérience 1 suggèrent aussi que les chiens utilisent un mécanisme d’approximation des quantités qui obéit à la loi de Webber. Cependant, l’ajout, dans l’Expérience 2, des conditions 2 et 3 dans lesquelles la nourriture n’est plus directement visible lors du choix, semble rendre la tâche plus difficile. En effet, l’un des deux chiens (Acorn), qui lors de la première expérience a obtenu un score parfait en étant capable de choisir la plus grande quantité pour toutes les combinaisons, n’a pas été en mesure lors des conditions 2 et 3 de l’Expérience 2 de choisir la plus grande quantité au-delà du hasard pour aucune des combinaisons. Ces résultats suggèrent que malgré le fait que les chiens dans l’Expérience 1 sont capables de discriminer et de choisir la plus grande quantité de nourriture dans la majorité des cas, ceux-ci sont dépendants jusqu’à un certain point des indices perceptifs qui sont présents pour en être capable.

Critiques et direction future

Ma principale critique concerne l’absence d’une considération concernant la perte de 8 de leurs 29 chiens lors de la première expérience due à un biais de latéralisation. Il semble en effet prudent de la part des auteurs d’exclure ces chiens de leur étude puisque lors d’un prétest (1 vs 5 [ratio = .20]) ces chiens ne sont pas en mesure de comprendre la tâche qu’ils leur sont présentés et de choisir la plus grande des deux quantités. Cependant, en faisant ainsi, les chercheurs ont fait l’assomption que ces chiens auraient performé de la même façon pour tous les tests formels, ce qui n’est pas nécessairement le cas. De plus, les auteurs ne tentent pas d’expliquer les raisons de l’utilisation d’une telle stratégie par les chiens. En effet, si nous nous interrogeons sur l’utilité d’une telle stratégie au point de vue adaptatif, il est peu probable que l’animal favorise un choix où il reçoit peu de nourriture alors qu’une plus grande quantité est clairement disponible. Il est possible que dans une telle situation, l’apparition de ce type de stratégie dans le répertoire comportemental du chien domestique soit expliquée par le fait que depuis des milliers d’années, le chien domestique est devenu dépendant de l’être humain pour se nourrir. Cette explication reçoit un certain support provenant d’une étude produite par Utrata, Virányi & Range (2012) dans laquelle 11 loups sont étudiés pour observer leur capacité à discriminer des quantités. En effet, dans cette étude, les auteurs ne notent aucun biais de latéralisation, renforçant ainsi l’idée que la dépendance du chien domestique à l’être humain pour se nourrir favorise l’apparition de ce type de biais de navigation. Il est cependant à noter que la méthodologie utilisée par les auteurs est assez différente de celle utilisée par Ward et Smuts, il est donc possible que l’absence du biais de latéralisation chez le loup soit due à ces différences plutôt qu’à de vraies différences dans la capacité de ces deux espèces à discriminer les quantités.

Références

Pour ceux qui seraient intéressé à consulter l’article de Ward et Smuts ou l’article d’Utrata, Viranvi & Range (2012), voici les références complètes :

Ward, C., & Smuts, B. B. (2007). Quantity-based judgments in the domestic dog (Canis lupus familiaris). Animal Cognition, 10(1), 71–80. doi:10.1007/s10071-006-0042-7

Utrata, E., Virányi, Z., & Range, F. (2012). Quantity Discrimination in Wolves (Canis lupus). Frontiers in Psychology, 3(November), 505. doi:10.3389/fpsyg.2012.00505

Auteur de ce commentaire :

Pierre Nadeau-Marchand, étudiant à la maîtrise en psychologie, Université de Moncton. Commentaire préparé dans le cadre du cours PSYC6423 (séminaire d’études dirigées)

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Publication du volume “Domestic Dog Cognition and Behavior”.

Domestic dog cognition and behaviorUn petit mot rapide pour mentionner la publication, ce mois-ci, du volume “Domestic Dog Cognition and Behavior: The Scientific Study of Canis familiaris“. Ce volume, édité par Alexandra Horowitz et publié par Springer-Verlag, contient 11 chapitres écrits par des experts du monde canin (incluant, entre autres: Bradshaw, Gadbois, Horowitz, Miklosi, Range, Serpell, Udell & Wynne).

Le volume est divisé en 3 sections. La première section introduit le lecteur à l’étude du chien en général à partir de l’étude de l’olfaction, des races de chien et du jeu chez les canins. La seconde partie du volume, quant à elle, est consacrée à des études sur la cognition sociale et physique du chien domestique et/ou du loup gris. La troisième section utilise une approche critique pour explorer les différentes approches conceptuelles et méthodologiques utilisées par l’éthologie, la psychologie et la biologie comportementale pour comprendre le chien.

Mes étudiants et moi-même avons d’ailleurs contribué à ce volume. Dans notre chapitre, nous explorons le développement cognitif chez le loup gris. Plus spécifiquement, à partir d’une étude longitudinale, nous avons utilisé la méthode expérimentale et la méthode de l’observation du comportement pour décrire le développement de la permanence de l’objet et de l’intelligence sensori-motrice chez le jeune loup gris. Nous avons aussi mis en perspective nos résultats avec ceux observés chez le chien domestique.

En bref, ce volume représente une belle opportunité de mettre nos connaissances à jour en ce qui concerne l’étude du comportement et de la cognition chez les canins.

Bonne lecture !

Sylvain

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English version

Publication of “Domestic Dog Cognition and Behavior”

A quick word to mention the publication, this month, of the book “Domestic Dog Cognition and Behavior : The Scientific Study of Canis familiaris“. This book, edited by Alexandra Horowitz and published by Springer-Verlag, contains 11 chapters written by canine leading experts, all well-known worldwide (e.g. Bradshaw, Gadbois, Horowitz, Miklosi, Range, Serpell, Udell & Wynne) .

The book is divided into three sections. The first section introduces the reader to the study of dogs in general, ranging from the study of olfaction to the role of dog’s breed on its behaviour. The second part of the book is devoted to studies on the social and physical cognition of canines (the domestic dog or the gray wolf). The third section uses a critical approach to explore different conceptual and methodological approaches used by ethology, psychology and behavioral biology to understand the domestic dog.

My students and I have also contributed to this volume. In our chapter, we explore the cognitive development of the gray wolf. More specifically, we used a longitudinal study to describe the development of object permanence and sensorimotor intelligence in young gray wolves (from 4 to 12 weeks of age). We also put into perspective our results with those observed in domestic dogs .

In short, this volume represents a great opportunity to put our knowledge to date regarding the study of behavior and cognition in canines. I hope you will enjoy your reading as much as I did.

Happy reading!

Sylvain

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